Interview de Monsieur Erick MATCHAME, Arbitre fédéral de niveau 3 en France, Promoteur du tournoi « Non à la violence dans les stades » : « NOUS DEVONS CONTINUER A SENSIBILISER SUR LA PEDAGOGIE ET LA PREVENTION »

D’origine togolaise, il vit en France où il est arbitre fédéral de niveau 3. L’homme a initié un tournoi de football dans le district n°10 de football de la ligue Lomé-Commune pour combattre la violence dans les stades de football. De passage à Lomé, Erick Matchame, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a accepté de répondre à nos questions.

 Erick

Monsieur Erick MATCHAME, bonjour.

Bonjour et merci de m’accorder cette interview. J’en suis honoré.

Vous avez débuté votre séjour au Togo, il y a déjà quelques jours. Vous avez eu le temps de suivre quelques rencontres de championnat aussi bien de première que de deuxième division. Quelle appréciation faites-vous du sifflet togolais ?

Oui en effet je suis à plus de la moitié de mon séjour sous un soleil de plomb. Je suis fier d’être chez moi.

Vous savez, j’ai assisté à deux rencontres de 1ère division et une de 2ème division. Malgré les conditions très difficiles et précaires, je trouve que notre sifflet au Togo n’a pas un réel problème quand je vois la volonté et la détermination des uns et des autres…mais surtout la passion que les arbitres ont pour notre football…En assistant à ces matchs, j’ai compris une chose: les réalités d’arbitrage en France diffèrent de celles du Togo ou d’un pays sous-développé. Je parle de l’aspect logistique et du support technique. On ne peut certes pas comparer mais il faut copier ce qui se fait en bien chez les occidentaux pour améliorer le travail des arbitres. Si on veut de la qualité, il faut se donner les moyens. Et des dirigeants sont volontaires pour innover. Juste attendre pour les finances; ça viendra.

Vous avez assisté au congrès électif très mouvementé de l’ANAFOOT (association qui regroupe les arbitres togolais). Un mot sur cette rencontre de vos collègues ?

Pour ma part concernant ANAFOOT, je crois que Me ATSOO Darius devrait rester président de cette association pour assurer progressivement la succession. Mais il m’a dit qu’il croit à l’alternance et surtout à la volonté d’esprit nouveau…et donc volontiers, il laisse sa place. C’est peut-être bien ou peut-être pas. L’avenir nous le dira.

La lutte contre la violence dans les stades, parlons-en puisque vous en avez fait votre cheval de bataille. Les conflits résulteraient, selon bon nombre de personnes, de certaines décisions arbitrales. En votre qualité d’arbitre, pensez-vous que ce soit des accusations fondées ou juste de mauvaises interprétations de ces décisions ?

Habituellement, on pense que les conflits résulteraient des décisions arbitrales. C’est possible. Mais, j’irai plus loin en disant que c’est possible que ces conflits soient le fruit de la méconnaissance des lois de jeu à la fois de joueurs, spectateurs voire même certains dirigeants. Pour qu’une accusation soit fondée, permettez-moi de dire qu’il faut des preuves ou éléments tangibles. Mais sans la connaissance des lois de jeu, il est compliqué d’avoir une crédibilité. Quelqu’un qui connait les lois de jeu comprend facilement les décisions des arbitres. De plus, de cette méconnaissance des lois de jeu on peut mal interpréter les décisions arbitrales… et c’est un problème pour tous…sauf si dans les clubs, un travail de fond est fait pour faire véhiculer le message que veulent réellement transmettre les textes des lois de jeu.

La deuxième édition du tournoi « NON A LA VIOLENCE DANS LES STADES » (dont vous êtes le promoteur) dans le district n°10 de football de la ligue Lomé-Commune vient de prendre fin. Pourquoi avoir choisi ce district quand on sait que les violences se pratiquent plus sur les terrains de championnat de première et deuxième division ?

Cette question revient à chacune de mes sorties médiatiques et je comprends les interrogations à ce niveau. Il faut savoir que pour commencer mon projet de « NON A LA VIOLENCE DANS LES STADES », j’ai proposé au plus haut niveau c’est-à-dire à  la FTF…et je pense que c’était en 2011 et 2012. L’idée de mon projet était reçue comme un rêve ou une utopie et donc n’était pas prise au sérieux alors que notre pays subit ce fléau de VIOLENCE chaque week-end sur nos terrains et stades. Par ailleurs, après réflexion menée avec mon ami et responsable de coordination de mes activités, nous avions décidé de prendre le travail à la base, ainsi commencer notre combat à partir de districts et ligues. En 2012, c’est alors que le district numéro 10, et à sa tête M. Pierre NOUGBLEGA  qui m’a reçu d’abord dans ses bureaux, a adhéré immédiatement à ma volonté de combattre la VIOLENCE DANS LES STADES. Puis, suivra ma rencontre avec le Président de la ligue Golfe-Lomé,  Sa Majesté Togbui KPALIKPATCHO qui aussi a compris ma volonté de combattre la VIOLENCE….et d’ailleurs un festival a aussi été joué à Assokopé le samedi dernier dans la localité de Togbui KPALIKPATCHO. Et 3ème motif de l’organisation de ce tournoi dans district numéro 10, j’habitais  vers Adidogomé. Donc, il est possible et évident que NOUGBLEGA et KPALIKPATCHO  étant les premiers à accepter mon projet, voient le district 10 et ligue Golfe- Lomé  la 1ère et cette fois la 2eme édition  chez eux. Mais les éditions prochaines trouveront les organisations attribuées aux districts d’intérieur du pays…puisque la VIOLENCE dans les stades touche tout le pays.

Erick Matchame, Arbitre fédéral de niveau 3 en France

Erick Matchame, Arbitre fédéral de niveau 3 en France

Nous l’avons évoqué à l’instant, ce sont les décisions arbitrales qui sont souvent causes de violences sur les stades. Quelles sont les actions que vous prévoyez à l’encontre de vos collègues et surtout des supporters pour mettre fin à ce phénomène sur nos stades ?

Comme je le disais précédemment, il est possible que la violence résulte des décisions. Mais en réalité, c’est à cause de la méconnaissance des lois de jeu. Je suis arbitre, et en qualité d’arbitre, on est bête et discipliné, et être discipliné implique une rigueur dans les décisions arbitrales à prendre dans un match. C’est pourquoi en plus du fait d’être bête et discipliné, on doit penser à adopter une habitude pédagogique en passant par la lecture du jeu. Prenez cet exemple sur mon match en 2eme Division togolaise qui opposait SNPT de Kpémé à son homologue OKITI de Badou. Mon 1er avertissement a été à l’endroit du joueur numéro 9 à qui j’ai expliqué en 2 mots les raisons de la sanction et surtout que je suis obligé de l’avertir; et que je n’avais pas le choix. Amicalement, le joueur m’a juste dit: « Oui c’est vrai, j’ai pas fait exprès et vous avez raison. »

Une phase de jeu où l’arbitre prévient le défenseur de ne pas toucher l’attaquant se dirigeant vers les buts adverses pour marquer. On se sent protégé. Et à ce moment, aucune contestation ne viendra de joueurs et moins encore les dirigeants.  C’est pour cela que nous devons continuer à sensibiliser à la fois sur la pédagogie et la prévention à travers les stages d’information aux arbitres, aux dirigeants de clubs, aux  supporters organisés…et justement c’est comme ça que nous y parviendrons.

Nous sommes quasiment en fin d’entretien. Un message à faire passer au public sportif, aux acteurs du football togolais notamment les dirigeants, les joueurs, arbitres et responsables de la fédération ?

Aujourd’hui le message est bien clair pour mon équipe de coordination et moi : « la violence n’a pas sa place avec notre sport-roi; le football ». La prochaine étape serait de travailler avec le politique pour voir comment établir un texte de loi et faire légiférer pour que les victimes de ces violences soient d’abord protégées et que les auteurs ne vivent pas dans l’impunité continuelle. Nous devons travailler avec les ministères de la sécurité et ou  de la justice pour cela. Il faut absolument qu’on y parvienne. En amont, un travail de sensibilisation doit continuer d’être fait même en mon absence. Mais nous manquerons de moyens financiers pour y parvenir. Je fais en ce sens un appel de pied à la FTF et au Président Guy AKPOVY pour nous apporter aussi des aides pour notre sensibilisation à l’intérieur du pays. Une aide qui pourra être intégrée dans le budget dans les services de mobilisation pour la NON VIOLENCE DANS LES STADES. C’est mon desideratum. Mais les dons pour le soutien à ce projet de la non-violence dans les stades de tout horizon sont toujours les bienvenus car nous en avons besoin.

Mais avant de clôturer cette interview, laissez-moi juste vous dire mes sentiments de bonheur et de fierté suite à la finale du tournoi « NON A LA VIOLENCE DANS LES STADES  » avec son apothéose le dimanche 26 mars dernier dans le district numéro 10. Le message est passé et surtout tout le monde s’est  senti concerné… C’est pourquoi je dis merci à vous tous, équipes, arbitres, dirigeants, public, les partenaires et les médias pour le soutien…

Monsieur Erick MATCHAME, merci.

C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Arafat Afuane.