Interview de Professeur Kperkouma Wala, Coordonnateur du Mouvement FLAMBEAU CITOYEN : « LE TOGO EST UNE CURIOSITE REGIONALE SUR LE PLAN DEMOCRATIQUE »

Depuis le 15 mars dernier, la société civile togolaise a enregistré un nouveau mouvement, le Flambeau Citoyen. Nous sommes allés à la rencontre de son premier responsable, le professeur Kperkouma Wala. Des mouvements sociaux au démarrage du processus d’indemnisation des victimes recensées par la Commission Vérité Justice et Réconciliation en passant par la question des réformes, l’universitaire s’est livré. Lisez plutôt !

Professeur Kperkouma Wala, Coordonnateur du Mouvement Flambeau Citoyen

Professeur Kperkouma Wala, Coordonnateur du Mouvement Flambeau Citoyen

Professeur, bonjour.

Vous avez lancé, il y a quelques jours, un mouvement dénommé « FLAMBEAU CITOYEN » et vous en êtes le premier responsable. Ce mouvement vient s’ajouter à une pléthore de mouvements et organisations de la société civile. Quel élément nouveau le vôtre apporte-t-il dans la lutte déjà entreprise ?

Flambeau Citoyen se consacre à l’éducation citoyenne des jeunes et à l’éveil des consciences pour aider les citoyens à faire des choix judicieux.  Notre mouvement ne se considère pas meilleur que les autres,  mais compte faire autrement le travail d’éveil en synergie avec les autres mouvements existants.

Pour être plus précis, c’est le 15 mars dernier que le FLAMBEAU CITOYEN a officiellement vu le jour. Avant cette date, le mouvement a-t-il déjà mené des actions ? Si oui, quelles sont-elles ? Si non, quels sont vos projets au niveau de ce mouvement ?

Nous avons passé six mois pour prendre les contacts et travailler sur la charte,  le plan stratégique quinquennal (2017-2022) et le plan de travail annuel. Après l’assemblée générale constitutive tenue le 27 février 2017, le 15 mars a été choisi pour porter à la connaissance du public le mouvement Flambeau Citoyen et ses idéaux.

Le mouvement va animer le débat citoyen à travers le pays,  sur les enjeux politiques, économiques et sociaux de notre pays. Cela se fera à travers des cafés, cocktails, fora citoyens.  Des conférences publiques, des meetings seront organisés sans exclure la possibilité d’organiser des manifestations pacifiques.

Parlons à présent du front social qui connaît une certaine accalmie depuis quelques jours. Les conclusions du groupe de travail sur l’éducation ont été remises au Premier ministre. Dans la foulée, le gouvernement a annoncé des mesures notamment les primes d’incitation à la fonction d’enseignement qui doublent, le statut particulier de l’enseignement qui sera incessamment adopté. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

En tant que citoyen togolais,  l’accalmie dans le secteur éducatif est à saluer.  Cependant,  il faut reconnaître que la situation aurait pu être désamorcée dès le début de la crise. Le gouvernement a choisi le faux fuyant et s’est illustré dans une posture de dénigrement des acteurs des syndicats en grève. Finalement, le refus de discuter au départ a conduit au durcissement de la grogne et beaucoup de temps a été perdu dans ce pont entre syndicats et gouvernement. Aujourd’hui, saluons le retour du gouvernement à une disponibilité d’écoute des grévistes et surtout les conclusions qui apaisent la situation. Il faut aussi réitérer la nécessité pour le gouvernement de tenir ses promesses quant à ce qui concerne le statut particulier des enseignants.

Le Chef de l’Etat a annoncé dans l’un de ses discours les assises nationales de l’éducation et celles de la santé. Et depuis, rien. Pourtant, ces rencontres ont été souvent budgétisées. Ces assises pourraient-elles baliser la voie à une résolution définitive et complète des crises qui minent ces deux secteurs ?

On note que le président annonce généralement dans ses discours de très bonnes intentions,  mais celles-ci ne sont pas suivies d’effet et de mise en oeuvre. Cela s’apparente à de la démagogie et du dilatoire.  Pis, les propos du ministre de la Fonction publique montrent que ce n’était qu’un effet d’annonce. Puisqu’il (le ministre) a soutenu que ces assises ne sont plus d’actualité,  il faut alors conclure que c’était pour baratiner le peuple que le président avait fait cette annonce.  Et pourtant, ces secteurs sociaux dans notre pays vont mal et nécessitent une réflexion approfondie impliquant les acteurs concernés.

FC

Un autre sujet qui, sans nul doute, intéresserait le FLAMBEAU CITOYEN, c’est la question des réformes. Aujourd’hui, malgré les nombreux dialogues qu’a connus le Togo, l’atelier du HCRRUN, le gouvernement a mis en place une commission qui devra réfléchir sur les sujets devant faire l’objet de réformes. Cette commission a déjà rencontré certains partis politiques qui auraient fait des recommandations. Trouvez-vous pertinente la mission confiée à cette commission ?

Difficile de juger de la pertinence d’une mission qui n’est pas clairement définie. Certains partis ont relevé le fait que la commission ne dispose pas d’un cahier de charge bien clair et un timing défini de leurs travaux. Il faut comprendre alors que, de ce côté, il n’y a rien de rassurant vu les attentes du peuple togolais qui, à plus de 90%, souhaite depuis 2014 la réalisation de ces réformes. Il revient au président de la République de repréciser au peuple s’il veut réellement faire les réformes,  car de cadre de réflexion en cadre de réflexion,  d’atelier en atelier,  les Togolais finissent par se rendre compte du manque de volonté pour aller à ces réformes.

Comment expliquez-vous que le sondage d’Afro Baromètre en 2015 relève que plus de 90% de Togolais souhaitent les réformes et qu’aujourd’hui, en 2017, ces réformes continuent par être un rêve pour ces Togolais ?

Tout simplement c’est le manque de volonté politique de la part du président de la République et son camp. En juin 2014, la majorité parlementaire a rejeté  le projet de loi introduit par le gouvernement, et il n’y a eu aucune conséquence. On comprend alors que  c’est juste de la duperie et que le régime au pouvoir rechigne à permettre l’effectivité des réformes.

La question de l’organisation des élections locales préoccupe également les Togolais. Le ministre Robert Dussey avait annoncé lors de l’un de ses voyages que ces élections se tiendraient avant la fin de l’année 2017. Une position que ne partage forcément pas son collègue Payadowa Boukpessi. Qu’est-ce qui, selon vous, bloque l’organisation de ces élections qui tourneraient la page des délégations spéciales que l’on connaît au Togo depuis près de 30 ans déjà ?

Rien au plan technique ni de l’adhésion des populations ne bloque l’effectivité de la décentralisation. Le seul blocage vient du régime au pouvoir qui utilise des subterfuges pour repousser aux calendes grecques la tenue des élections locales. Le Togo est une curiosité régionale sur le plan démocratique et cela s’explique par la volonté manifeste d’un camp de se maintenir coûte que coûte au pouvoir au mépris des règles. La cacophonie entre les ministres Robert Dussey et Payadowa Boukpessi illustre de la légèreté avec laquelle la question de la décentralisation est traitée par le gouvernement.

Le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) a annoncé cette semaine le démarrage de l’indemnisation des victimes recensées par la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Peut-on y voir un grand pas vers la concrétisation de la réconciliation au Togo ?

L’indemnisation des victimes est une disposition des recommandations de la CVJR. On peut se dire que sur ce plan quelque chose semble enfin se faire. Mais cela ne doit pas nous détourner de l’essentiel,  la demande de pardon par les bourreaux,  l’acceptation et le pardon par les victimes,  et surtout la mise en oeuvre des mécanismes pour garantir la non-répétition des violences. Quand on analyse certains récents événements,  il est des éléments qui suscitent des peurs et interrogations sur les actes posés çà et là. La réconciliation n’est pas seulement un mot,  mais aussi une transformation réelle des relations au sein de la société après le pardon,  les réparations et l’acceptation mutuelle.

Nous sommes en fin d’entretien. quel serait votre conclusion.

Je voudrais interpeller tous les Togolais de tous les bords politiques,  de toutes les régions et de toutes les classes sociales à se considérer comme compatriotes et à cultiver la fraternité afin que dans un élan patriotique nous jetons les bases d’un véritable État démocratique. Mon appel va surtout à l’endroit de la jeunesse togolaise,  relève de demain. L’avenir de notre pays nous incombe et notre engagement citoyen est indispensable pour influer sur la gouvernance de notre pays. Rejoignez-nous au sein de Flambeau Citoyen, un mouvement de la jeunesse togolaise qui ambitionne de travailler pour la construction d’un Togo,  État de droit dans lequel la justice,  l’équité et la solidarité sont des valeurs partagées.

Professeur Kperkouma Wala, merci.

Merci à vous également.

Propos recueillis par Badjem’na DJAONA

Un commentaire

  1. J’adhére à cette intervieww

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